dimanche 26 août 2012

horizontalité et démocratie



Voici la traduction d’un article paru sur le site d’un de nos partenaires en Bolivie. (En référence, vous avez la version originale en anglais) Un regard extérieur qui nous offre à nous québécois et québécoises de beaux moments de réflexions et d’analyse en cette campagne électorale et surtout après la grande manifestation du Jour de la Terre le 22 avril et toutes les manifs pour la gratuité scolaire les 22 de chaque mois. 

Enfin, la dynamique dans laquelle se retrouve Développement et Paix et plus généralement l’Église et ses paroisses ici au Canada n’est pas étrangère à cette analyse au contraire...Je vous laisse y réfléchir....

L’horizontalité dans le mouvement des Occupons.

Cet article décompose les principes de base autour desquels les mouvements Occupons aux États-Unis sont organisées et se situent dans un mouvement mondial. L’auteure soutient que les mouvements eux-mêmes vont  déterminer leur propre succès,  contrairement aux positions de Michael Kazin  dans son article, "American Dreamers: How the Left Changed a Nation" où  Kazin soutient que la façon de déterminer si le mouvement sera couronné de succès sera de vérifier si «Occupons» peut exprimer un projet "d’un meilleur pays , et ce qu'il faudrait faire pour y parvenir." 

Ceci, cependant, ne serait pas la bonne façon d'évaluer le mouvement Occupons . L'intention des milliers de réunions qui ont lieu aux États-Unis ainsi qu'en Grèce et en Espagne, où j'ai été récemment, est d'ouvrir des espaces où les gens peuvent exprimer leurs préoccupations et leurs désirs, et de le faire par la démocratie directe. Ces mouvements sont venus en réponse à une crise croissante, dont la racine est le manque de démocratie. Les gens ne se sentent pas représentés par les gouvernements qui prétendent parler en leur nom. Ces mouvements ne sont pas classés sur la base de la création d'un programme ou d'un parti politique qui présenterait un plan qui serait suivi par d'autres. Son but n'est pas de déterminer «la» forme qu'un pays doit prendre, mais de créer de l'espace pour des échanges dans lesquels tout le monde peut participer  formant  un Nous,  De là se définit ce que pourrait être le futur. Simultanément, ces mouvements cherchent à préfigurer cette société future dans ses relations sociales actuelles.

Les mouvements Occupons aux États-Unis, en Espagne et en Grèce ont essayé d'utiliser la démocratie directe pour créer des relations sociales horizontales, et non hiérarchiques,  permettant aux participants de s'engager ouvertement avec les autres. Le terme "horizontalisme" a d'abord été utilisé en Argentine après la révolte populaire de 2001. Comme nous pouvons le constater maintenant, ce fût une répétition générale pour les mouvements altermondialistes naissant: des centaines de milliers d'Argentins sont descendus dans les rues pendant la crise économique en tapant sur des pots et des casseroles  en chantant  "Dehors les corrompus, et qu’il n'en reste pas même un seul». Les manifestants ont contraint à la démission  cinq gouvernements successifs. Dans le processus, ils ont formé des assemblées de quartier essentiellement basées sur l'horizontalité, un mot jamais utilisé auparavant. Les membres  décrivent ce mouvement horizontal comme la façon la plus naturelle  d’écoute et de communication entre eux. Ils ont rejeté la démocratie représentative et l'autorité des chefs de clans «légaux» ou mafieux qui conduit à la délégation de pouvoir, puisque ce type de politique est jugée comme la cause première de la crise. En même temps, l'esprit de l'horizontalité a émergé et a été considéré comme un outil pour créer des espaces de participation  gratuits pour tous dans les lieux de travail pour les mouvements de chômeurs et le tissu innombrable des relations sociales. C’est un processus d'éveil et d'autonomisation similaire à celui dont a parlé Eduardo Galeano dans ses essais sur l'utopie. L'horizontalité est devenu un mot utilisé dans le monde entier pour décrire les mouvements sociaux qui cherchent l'autodétermination, l'autonomie et la démocratie directe dont «Occupons».

En plus de cultiver l'horizontalité, les mouvements Occupons ont également créer de nouveaux «territoires» dans lesquels les formes de démocratie directe peuvent s'épanouir. Les structures alternatives et les actions du mouvement d'occupation ont fait leur apparition dans de nouvelles zones géographiques, pensons aux besoins de base tels que la nourriture, les soins de santé et l’assistance juridique qui se voient coordonnés. Les plus récentes mesures comprennent l'occupation de logements aux États-Unis pour empêcher les expulsions de logements,  ou l’occupation de bureaux et de lits d’hôpitaux en Grèce pour les gens qui ne peuvent payer le coût imposé récemment pour les services de santé . Des villes à travers les États-Unis ont créé des réseaux d'échange, générant des processus d'approvisionnement alternatifs, et mis en place des services garde gratuits. Je connais une ville dans le nord de la Californie où les gens utilisent une monnaie alternative et un autre près de la ville d'Albany, New York, qui a lancé une clinique santé gratuite. Tout cela est auto-organisé horizontalement.

Le point de référence du mouvement n'est pas l'Etat ou  la politique que nous connaissons habituellement. Il n'y a aucune volonté de prendre le pouvoir étatique ou de créer un nouveau parti. Les mouvements  rejettent cette forme de politique représentative, et  se concentrent plutôt sur les gens pour qu’ils prennent le contrôle de leur propre vie et se donnent de larges espaces démocratiques dans lesquelles ils vivent et travaillent. Le fait que les mouvements ne cherchent pas la conquête de l'Etat comme  objectif ne signifie pas qu'ils ne veulent pas d'un certain nombre de changements. Bien au contraire, ils veulent que le pouvoir des entreprises soit limité voire même disqualifié; ils veulent avoir accès à un logement et à l'éducation, et que soit mis un terme aux  programmes d'austérité et de guerre. Mais la démocratie est au cœur de la vision politique d’Occupons et sa pratique vise  le changement politique dans ses aspects verticaux tout en élargissant la participation horizontale. A partir de ces nouvelles formes de relations horizontales dans les quartiers, les villages, les lieux de travail et les écoles donnant lieu à de nouvelles formes d'action directe, les Occupons  continuent de croître. La question pour l'avenir n’est pas de savoir comment créer un plan, un programme pour le mieux du pays, mais de définir les moyens d'approfondir et d'élargir les réunions qui ont lieu et comment renforcer la démocratie participative dans le processus.

Sur la base de la conclusion de Kazin, jusqu'à présent les mouvements concernés seraient possiblement un échec  ou  en train de disparaître? Il y a la baisse du nombre d'occupations physiques. Les médias couvrent moins de mouvements. Les différences de points de vue des participants manifestants se précisent et s’amplifient.

En contrepoint, le mouvement aurait-il plutôt différents objectifs ? Beaucoup dans le mouvement Occupons, dont les participants avec qui j'ai parlé en Grèce et en Espagne, croient qu'ils ont réussi à bien des égards:  changement dans la teneur des discours politiques national et mondial , dans la réalisation de changements spécifiques dans la vie des individus, dans la restauration de la puissance  des mouvements sociaux à la base, et peut-être surtout, en permettant aux gens de sentir que la société et le monde peuvent être différents et que leur pratique peut rendre cela possible.

Les mouvements Occupons ont fait de la démocratie une question d'actualité. Les gens ne se sentent pas représentés dans les «démocraties» dans lesquelles ils vivent, et ont mis en évidence le lien entre les gouvernements et les entreprises. Les gens partout dans le monde disent, dans toutes les langues, "Hemosdespertado» et «Nous ne retomberons pas endormis. «Le succès, je crois, va se décider à travers ces personnes en lutte,  ceux qui organisent  leurs propres objectifs et leurs rêves. De ce point de vue, il y a de nombreux défis à venir, et les Occupons ont été et continuent d'être un succès.

Marina Sitrin est une participante dans le mouvement Occupons et éditrice de: Horizontalité: Voix du Pouvoir Populaire en Argentine et auteur de:  Everyday Revolutions: Horizontalism and Autonomy in Argentina à paraître. Elle est chercheuse post-doctorale en Changement  social et Mondialisation du  Graduate Center ‘s Committee de l'Université de New York.

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